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Comme l'ensemble de la rédaction de Gamekult, je dois dire que je suis loin de vouer un culte au dieu GTA. Je ne vais pas vous faire l'historique, mais j'ai notamment snobé le phénomène au temps de la PS2. Et si GTA 6 m'intéresse clairement pour la démesure que le projet incarne et parce que j'ai envie de voir jusqu'où une équipe aux moyens virtuellement illimités peut pousser le souci du détail et la matière organique dans un monde ouvert, je peine à ressentir la même excitation que nombre de mes compatriotes joueurs. Alors pour donner du carburant à cette hype qui me fait défaut, et aussi parce que je n'ai pas trouvé de meilleures idées pour contribuer au trou noir médiatique, j'ai rallumé GTA 5 pour la toute première fois depuis septembre 2013.

Bon, évidemment, je n'ai pas poussé le vice (City) jusqu'à dépoussiérer une PS3 pour me replonger dans les conditions de l'époque, ce n'était pas le but. C'est donc bien sur PS5 que j'ai renoué avec Michael, Trevor et Franklin, deux générations plus tard. Depuis 2013, le jeu a été bien optimisé techniquement. Et c'est sans doute ce qui explique pourquoi mes sensations ont été meilleures que celles que j'avais eues en 2013. À la sortie du jeu sur PS3, je me souviens très bien avoir été surpris par cette lourdeur pénible dans chacun des déplacements des personnages. D'où ma surprise en découvrant une prise en main encore un peu molle au démarrage, mais relativement souple et dotée d'un système de couverture qui fonctionne. Marteler la touche X pour courir est en revanche aussi dépassé que peu instinctif, mais à part ça, GTA 5 a mieux vieilli que je ne l'imaginais. Tant qu'on y joue sur une machine récente, s'entend.

L'accumulation de tutoriels au cours de ce prologue nuit au rythme, certes, mais on n'a pas trouvé meilleur moyen d'apprendre les bases au joueur que de le faire démarrer au cœur de l'action. Je serais vraiment étonné que GTA 6 ne commence pas lui aussi par un flashback en nous lâchant au milieu d'un braquo. Peut-être pour nous montrer comment Lucia a fini en tôle ? Moins surprenant, le fait que GTA 5 tienne encore très bien la route dans sa mise en scène, ses transitions et la fluidité naturelle de ses dialogues. La densité du trafic routier est épatante, mais c'est un élément que Rockstar a optimisé en passant successivement le jeu sur PS4 et sur PS5.

En revanche, même si Rockstar avait atteint des sommets pour l'époque, la densité et la diversité de la population de GTA 5 ressemble soudainement à un brouillon par rapport à l'incroyable sensation de profusion et la diversité des personnages qu'on a pu voir dans les images et les vidéos de GTA 6. Je confesse avoir maté l'une des fameuses fuites de Cyberleek. Cette vidéo montre Lucia, nue comme un ver pour l'occasion, agresser une pauvre citoyenne au hasard alors que celle-ci est train de retirer de l'argent au distributeur. À bientôt 44 ans et 7 générations de consoles dans les pattes, je ne pense pas être facile à impressionner sur le plan technique. Mais là, entre l'intensité du regard agacé de la jeune femme, le mouvement de ses tresses et le niveau des expressions faciales... Le fait d'imaginer qu'un simple PNJ parmi les milliers que l'on va croiser dans le jeu puisse avoir ce niveau de présence fait presque froid dans le dos.

Sur ce point, donc, il est clair que Rockstar est allé plus loin dans le détail que n'importe quel autre studio avant lui, au point de ringardiser la population qui circule dans Los Santos. À en croire Rockstar, une équipe entière s'est aussi attelée à l'élaboration des dialogues de PNJ que l'on peut écouter en tendant l'oreille, dans le respect de la distance sociale. Et comme on l'a appris récemment, les habitants de Leonida ne détaleront pas systématiquement comme des lapins à cause du mauvais comportement du joueur : face à des attaques gratuites ou sous la menace d'une arme, certains auront apparemment du répondant (et des armes). J'attends donc une profonde amélioration de tout ce qui donne lieu au « monde vivant », un endroit dans lequel on en arrive à perdre de vue son objectif pour se laisser simplement emporter par ce qu'il se passe autour.

Côté interface, on reprend ses marques assez vite avec l'emblématique menu circulaire, qui sera toujours là dans GTA 6. Mais ce dernier proposera une séparation entre armes et objets, ainsi que des raccourcis pour les soins et le changement vestimentaire (qui prend tout son sens avec le nouveau système de police, on en reparle plus loin). Ne plus pouvoir cacher une dizaine d'armes lourdes sous sa chemise semble être un compromis acceptable pour la quête du réalisme, d'autant qu'on pourra en contrepartie stocker son arsenal dans son véhicule et « siffler » ce dernier, comme on appelle son canasson dans un Red Dead Redemption.

Revenons sur GTA 5. Je sors mon smartphone d'une pression sur la touche haut pour me perdre dans la diégétique du jeu, m'étonner devant le soin apporté aux fictions plus ou moins absurdes (Princess Robot Bubblegum qui se paie l'animation japonaise, la parodie de télé crochet Fame or Shame). En 2013, l'équivalent de Twitter était déjà de la partie, mais il sera fascinant de voir à quel point la montée en puissance des réseaux sociaux et des applications va se traduire dans l'interface et la diégétique de GTA 6. On parle déjà d'une messagerie instantanée à la WhatsApp, d'une application de transport type Uber ou de scroller des vidéos virales façon TikTok. Cela dit Rockstar a confirmé que Lucia et Jason pourront végéter sur les réseaux sociaux mais pas publier, ce qui est logique pour un couple en cavale. Et quelque part, tant mieux.

Le gunfight de GTA 5 est encore compétent, même si mes pauvres yeux de quadragénaire fatigué ne seraient pas contre un réticule plus voyant par défaut. Nous allons donc gagner une mécanique de focus / bullet time dans GTA 6. Pourquoi pas, surtout qu'elle semble plus utile que les obscures capacités spéciales de Michael, Trevor et Franklin. La vraie marge de progression se situe surtout dans la baston au corps à corps, terriblement simpliste dans le jeu de 2013. Le pugilat entre Michael et le concessionnaire véreux est une catastrophe où il suffit de garder la touche enfoncée pour esquiver et où chaque coup semble sortir avec 3 secondes de retard. C'est donc avec un certain intérêt que j'ai revisionné la scène de GTA 6 dans laquelle Lucia esquive un crochet, pare un autre coup en mettant ses deux bras en opposition, et contre-attaque dans la foulée. Claque, plaquage contre le mur et prise de judo sont d'autres mouvements révélés de façon plus officieuse, et ça donne quand même un peu envie. Je ne dis pas que GTA 6 a besoin d'égaler Sifu, mais une bagarre plus approfondie ne pourra que faire du bien.

Et bien sûr, l'une des bonnes raisons d'attendre GTA 6 est la mise en avant d'une femme protagoniste, qui plus est vivant une histoire d'amour, bien que celle-ci ne soit pas imposée et que le joueur va apparemment devoir faire des efforts pour entretenir la flamme et ne pas décevoir son conjoint ou sa conjointe. Avec tout le respect qui est dû aux trois cassos désabusés de GTA 5, il était temps que Rockstar nous serve une soupe un peu différente. Et pouvoir tenir la main de sa partenaire est le genre de petite attention qu'on n'attendait pas ici. J'ai quand même un peu de mal avec cette histoire de romance à la carte. Je pense que j'aurais préféré que toute la gestion relationnelle entre Jason et Lucia soit déterminée par le choix des scénaristes plutôt que les penchants du joueur.

En parlant d'auteurs, j'avais oublié à quel point GTA 5 était d'une vulgarité sans limite et irrévérencieux envers à peu près tout et tout le monde. Entre l'épouse infidèle et l'adolescente écervelée de Michael, la joggeuse hystérique que ce dernier affronte à la course ou encore les exubérances féministes de la tante de Franklin, les femmes en prennent sacrément pour leur grade. Je ne peux pas m'empêcher de me demander si GTA 6 se sentira aussi libre et décomplexé sur tous les sujets. Articuler l'histoire autour d'un binôme à la Bonnie et Clyde promet une dynamique intéressante, mais ce qu'on a vu jusqu'ici des missions de l'histoire m'a paru... plus propre ? Moins déjanté ?

Forcément, les profils de Michael et Trevor se prêtaient vraiment aux histoires sordides, pitoyables et décalées. Voire aux actes improbables dans le cas de ce psychopathe de Trevor, qu'on doit soudainement aider à buter 25 péquenauds de façon totalement gratuite et sans avoir à affronter la moindre conséquence. On imagine mal Jason et Lucia s'adonner à des carnages similaires pour le plaisir de tester les armes du jeu. Pour le reste, je ne suis pas spécialement fâché que GTA 6 ne cherche pas à rebondir sur les événements politiques réels, dans la mesure où la réalité de tout ce qui touche à la Maison Blanche se confond déjà avec la parodie, comme l'a très bien rappelé Kyujilo dans son excellent papier. Et si GTA 6 veut ignorer la question de l'intelligence artificielle, histoire qu'on dispose au moins d'un endroit préservé de ce sujet harassant, ce sera encore mieux.

La façon dont le couple semble vouloir faire ses preuves dans le milieu du banditisme en partant du bas de l'échelle (pour des motivations qui restent à découvrir, au-delà de vouloir sortir de la précarité) pourrait aussi donner lieu à des missions plus diversifiées et plus subtiles que celles de GTA 5, dans lequel le besoin immédiat d'argent est le premier moteur de l'histoire (Michael doit rembourser des millions à un caïd de Los Santos après avoir démoli la maison qu'il ne fallait pas).

On ne peut pas causer de GTA sans causer de musique. « En 2026, il serait bizarre de devoir être obligatoirement dans une bagnole pour écouter de la musique. » C'est ce que j'avais noté dans le brouillon de cet article, pile avant que Rockstar confirme que les radios seront enfin accessibles à pied via des écouteurs connectés au smartphone. Nous avons également la promesse que les musiques seront plus variées que jamais (avec une radio dédiée aux années 80, joie) même si j'attends encore la confirmation d'une station dédiée au jazz, si ce n'est pas trop demander (snob-man, pour vous servir).

Il n'est pas de GTA sans police. Je fais peut-être partie de la minorité, mais devoir échapper aux forces de l'ordre a toujours été une expérience en demi-teinte pour moi. Je suis donc attentif au fait que GTA 6 veuille changer un tas de choses à ce niveau. D'un côté, commettre un crime ne fera plus apparaître instantanément des étoiles. Il faudra qu'un témoin appelle les secours, qu'une alarme se déclenche ou qu'une caméra de surveillance enregistre la scène. D'un autre côté, semer les voitures de police ne sera plus suffisant pour être tiré d'affaire. Sous les traditionnelles étoiles, de nouvelles icônes viennent indiquer ce que la police sait du malfaiteur (visage, vêtements portés, véhicule utilisé).

Une fois le joueur sorti du champ de vision de la police, les étoiles deviennent rouges au lieu de disparaître, ce qui veut dire les forces de l'ordre conservent notre profil en mémoire et continuent de rôder dans le quartier, ce qui devrait nous inciter à changer d'apparence et de véhicule (c'est pour effacer leurs traces qu'on voit Jason et Lucia incendier leur véhicule dans la présentation). Et apparemment, il faudra utiliser la nouvelle mécanique de focus pour repérer les policiers sur la mini-carte.

Bref, un paquet de changements assez déroutants à assimiler et dont on ne peut pas mesurer l'impact sur le rythme de jeu avant d'avoir celui-ci entre les mains. Sur le papier, je ne suis pas sûr de vouloir passer des heures à effacer mes traces en plus de devoir échapper à la police, donc je suis curieux de voir l'équilibre auquel est arrivé Rockstar avec l'évolution de ce système.

Rejouer à GTA 5 13 ans plus tard fut une bonne expérience, mais je n'en sais pas tellement plus sur ce que j'…

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