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En 2007, une bande de revendeurs polonais décide de braquer le RPG occidental avec un couteau à beurre, un manuel des Castors Juniors et une bonne dose d'esprit punk. Bâti sur les ruines d'un moteur obsolète, le premier The Witcher a été la première pierre d'une légende. Une première étape franchie par CD Projekt Red dans la douleur, le sang et la mémoire vive saturée.

À l'heure où le grand public se pâme devant la plastique clinique et futuriste du premier Mass Effect, le studio de Varsovie CD Projekt RED recrache un action-RPG poisseux, tordu et malade. Faute de trésorerie, les développeurs sont allés faire les poubelles de BioWare pour y repêcher l'Aurora Engine. Un moteur bancal, pensé cinq ans plus tôt pour gérer les lancers de dés de Neverwinter Nights. Vouloir lui faire avaler des chorégraphies d'escrime en motion capture et des angles de caméra à l'épaule tenait de la folie pure. Et pourtant, le miracle a lieu et The Witcher tient debout, tant bien que mal.

Sous le capot de The Witcher, le vieux code de l'Aurora hurle à la mort. La gestion de la mémoire RAM est erratique au possible et le jeu a l'incroyable capacité de mettre à genou la plupart des cartes mères. À la sortie du jeu, même pousser la misérable porte en bois d'une auberge déclenchait un temps de chargement si long qu'on avait littéralement le temps d'aller se couler un café. Le framerate, lui, crachait ses poumons à la moindre averse sur les pavés de Wyzima. Autant dire que se balader dans les faubourgs exigeait l'abnégation d'un moine flagellant.

Et même s'il faut concéder que le jeu montrait déjà les germes de la maestria narrative de CDPR, cette science de l'écriture (j'y reviens juste après) percutait violemment le mur d'une banque de modèles 3D famélique. Les ruelles grouillaient d'une terrifiante armée de clones : on décapitait des bandits identiques à la chaîne, pour aller ensuite valider sa quête chez un forgeron moustachu qui partageait le même visage que le clochard du coin. Quant au Sorceleur lui-même, il bravait toutes les lois de la biomécanique. Voir Geralt courir en 2007 était une expérience à part entière. Je peux vous assurer que le voir glisser sur les polygones avec la raideur d'un piquet, les chevilles totalement déconnectées des textures du sol est inoubliable.

Et pourtant, cet édifice en ruine participe au miracle global qu'est ce premier The Witcher. Face aux défis technologiques, CD Projekt a catégoriquement refusé de revoir ses ambitions d'écriture à la baisse. Sous les kilomètres de code bricolé et rafistolé, la noirceur géopolitique du continent et la fameuse doctrine du « moindre mal » pulvérisaient déjà le manichéisme de la concurrence nord-américaine. C'est l'effort ouvrier, brut et sans cynisme, qui transpire de chaque pixel crasseux.

La mémoire collective préfère logiquement se tourner vers l'Enhanced Edition, sortie en 2008, cette rustine providentielle balancée sur le tard par CD Projekt pour réparer les pires fuites du navire. Gavée de mods et de patchs communautaires, c'est aujourd'hui la seule porte d'entrée viable pour espérer survivre à une ergonomie très "rustique". Mais le véritable salut se profile à l'horizon. Avec le remake officiel récemment mis en chantier, le studio s'apprête enfin à balayer ses vieux démons techniques. L'occasion inespérée d'offrir l'écrin luxueux qu'elle mérite à l'une des écritures les plus brillantes du RPG occidental.

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