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Franchise trentenaire, Twisted Metal fait partie de ces séries PlayStation qui ne savent pas dans quelle case se ranger. Elle est à la fois un peu trop populaire pour être complètement mise au placard et en même temps assez niche pour se faire porter pâle depuis bientôt 15 ans. Alors qu'un retour était espéré sur PS5, le « Project Copper » développé par Lucid Games puis Firesprite a été annulé en début d'année 2024 avant même de pouvoir être annoncé. C'est finalement la télévision qui permet à Twisted Metal de garder des couleurs. Malgré une diffusion discrète (il faut avoir Peacock aux États-Unis ou Ciné+ OCS en France), la comédie d'action, très souvent considérée comme une bonne surprise, est en route pour une troisième saison, embarquant au passage Mark Hamill dans son délire.

La popularité de Twisted Metal s'est historiquement concentrée en Amérique du Nord. En Europe, Sony n'avait même pas daigné distribuer Twisted Metal III (1998) et Twisted Metal 4 (1999) sur les marchés européens. Et quand la série a fait son retour chez nous en 2001 avec Twisted Metal : Black sur PS2, c'était sans les cinématiques qui présentaient le passé sombre des personnages dans le mode histoire. La version PAL consiste donc à enchaîner les combats en arène sans le fil conducteur narratif. Une censure de boucher d'un autre temps.

S'il est vrai que toute la direction artistique et musicale de Twisted Metal semble culturellement taillée pour le public américain avant tout, la filiale européenne de Sony n'a donc pas fait grand-chose pour permettre au jeu de se faire une plus grande place dans le cœur des joueurs du Vieux Continent. Dans une interview en 2011, quelques temps avant la sortie de l'épisode PS3, David Jaffe comparait la situation de Twisted Metal en Europe à celle de WipEout aux États-Unis. « De la même manière, WipEout n'a jamais été un carton absolu ici et a toujours été apprécié par un cercle plus restreint qu'en Europe. Il y a une dynamique similaire. Votre WipEout, c'est notre Twisted Metal. »

C'est donc le 5 novembre 1995, sur une console encore toute fraîche, que le premier Twisted Metal débarque outre-Atlantique, avec deux mois d'avance sur l'Europe. Le jeu est développé par le studio SingleTrac, aussi connu pour Warhawk et Jet Rider. Si le scénario est encore un peu en retrait dans ce premier épisode, les bases sont déjà là : il est question d'un tournoi véhiculé organisé par un homme (?) qui se fait appeler Calypso. Ce dernier promet au gagnant d'exaucer n'importe quel souhait, même si celui-ci semble irréalisable (ok Shenron). Le jeu prend place à Los Angeles la veille de Noël 2005 (dans le futur, donc) et il est indiqué que c'est déjà la 10e édition du Twisted Metal.

Le projet initial était d'inclure des cinématiques de fin pour chaque personnage, mais elles furent remplacées par de simples textes face aux réserves de Sony et de SingleTrac. Filmées par David Jaffe, qui avait fait des études de cinéma, ces fins surréalistes étaient plus délirantes et ringardes que vraiment offensantes. Ces incroyables capsules temporelles furent finalement incluses en tant que contenu bonus dans Twisted Metal Head-On : Extra Twisted Edition sur PlayStation 2... qui n'est sorti qu'aux États-Unis. Notons qu'on peut y entendre Calypso parler du tournoi « High Octane », qui était l'un des titres de Twisted Metal envisagés pendant le développement.

Des arènes urbaines, des véhicules modifiés qui s'entretuent pour être le dernier survivant : le concept de Twisted Metal est simple mais encore frais à l'époque. Et surtout, il fonctionne instinctivement. Se tirer dessus avec des véhicules faisait partie de l'ADN des joueurs depuis Super Mario Kart, si ce n'est qu'ici les circuits colorés, les champignons et la bonne humeur sont remplacés par une ambiance rock poisseuse et un plaisir régressif. Fluide, la jouabilité permet de faire des dérapages, des queues de poisson ou encore de sauter grâce à des rampes.

Ce premier Twisted Metal comporte 12 véhicules jouables qui se différencient par leur vitesse, leur blindage, leur maniabilité, leur puissance et bien entendu leur attaque sépciale, laquelle peut prendre la forme d'un missile à tête chercheuse, d'un laser ou d'un cocktail molotov. On se souvient aussi que chaque véhicule dispose d'un gimmick sonore caractéristique qui devient vite identifiable pendant les batailles, comme le rire glauque de Sweet Tooth. Au fait, dans Twisted Metal, le nom du véhicule prime généralement sur celui du pilote, même si tous les conducteurs disposent de leur petite biographie. Ainsi, Sweet Tooth n'est pas le nom du clown psychopathe mais bien celui du camion de glace conduit par le charmant Marcus « Needles » Kane.

Les combats prennent place dans une demi-douzaine d'arènes, dont l'emblématique River Park Rumble qui prend place au cœur de la ville avec ses décorations de Noël et sa patinoire (on peut aussi écraser un passant déguisé en Père Noël, parce que c'était comme ça dans les années 90). On trouvait aussi une arène remplie de spectateurs, une banlieue résidentielle ou encore une autoroute, pour finir de façon stressante sur les toits des gratte-ciels. Dans le mode solo, le joueur progressait à travers les six arènes de combat avec un nombre croissant d'adversaires à affronter, jusqu'à la confrontation contre le boss final, Minion, le gagnant de la précédente édition du tournoi.

Twisted Metal a été imaginé et produit David Jaffe, qui faisait alors partie de Sony Imagesoft (on en parlait dans notre article sur Mickey Mania). Aussi connu pour avoir donné naissance à God of War, il est resté le principal gardien du temple de la franchise jusqu'à son ultime épisode en 2012 sur PS3. David Jaffe a raconté que l'idée du jeu a jailli quand lui et deux autres membres de l'équipe sont restés bloqués dans un embouteillage sur l'Interstate 405 et qu'ils se sont mis à rêver de pouvoir dégommer les autres voitures à coup de missiles façon Mad Max. Lorsque l'idée d'un jeu de combat motorisé fut présentée aux programmeurs de SingleTrac, en Utah, le studio a proposé d'opter pour un concept moins violent, comme un jeu de livraison de pizzas, à la plus grande hilarité de David Jaffe qui s'est accroché jusqu'au bout à ses pulsions de destruction motorisée.

Twisted Metal fut présenté pour la première fois aux côtés de Warhawk, du même studio, lors du tout premier E3 à Los Angeles, en mai 1995. Le jeu fut achevé avec un budget de 850 000 dollars (pas loin de 2 millions de dollars actuels), sachant qu'il s'est vendu à plus d'un million de copies rien qu'en Amérique du Nord. Twisted Metal est officiellement sorti sur PlayStation en Amérique du Nord le 5 novembre 1995, en Europe le 6 janvier et au Japon le 15 novembre 1996. Pour la petite histoire, une version PC du jeu fut également développée et servit à faire la démonstration de la carte d'accélération graphique NVIDIA NV1 lors d'une conférence technique de Windows en 1996.

Pour revivre cette tranche d'années 90 à l'américaine sur PS5, PS4 ou PS Portal, Twisted Metal est disponible sur le PlayStation Store à 9,99 euros ou sans frais supplémentaire pour les abonnés PlayStation Plus Premium. Quant au futur, il n'y a plus qu'à espérer que le succès de la série télé motivera Sony à retenter sa chance avec un nouveau projet.

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