Le déploiement massif de l’intelligence artificielle dans les entreprises fait naître une interrogation : assiste-t-on au début d’une « jobapocalypse », une vague de suppressions d’emplois provoquée par l’automatisation ? Si l’impact global de l’IA sur le marché du travail reste encore difficile à mesurer, certains métiers apparaissent déjà particulièrement exposés, notamment dans des secteurs où les femmes sont majoritaires.
Publié le : 15/05/2026 - 11:24
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Le 7 mai 2026, l’entreprise allemande DeepL a annoncé la suppression d’environ un quart de ses effectifs afin « d’intégrer davantage l’intelligence artificielle dans son fonctionnement » et de rester dans la course dans cette technologie en plein essor. « Nous réduisons les effectifs globaux de DeepL d'environ 250 postes », a ainsi déclaré son directeur Jarek Kutylowski, dans un post publié sur son compte LinkedIn.
Fondée en 2017 à Cologne, dans l'ouest du pays, l’entreprise, qui emploie aujourd’hui près d’un millier de personnes et concurrence des services comme Google Translate ou Reverso, développe des outils de traduction automatique pour le texte, les documents et la voix en temps réel.
En pratique, le fondateur de DeepL veut « transformer en profondeur le fonctionnement » de son entreprise, « en intégrant l'IA à tous les niveaux de (son) organisation ». L'IA prendra ainsi en charge « les tâches routinières », pour laisser à « l'humain » ce que « lui seul peut apporter: l'intuition, la créativité, et la gestion des projets de A à Z ». Ce dernier a d'ailleurs souligné qu'en interne, l'IA était déjà largement intégrée, notamment dans « l'ingénierie des produits » et le « soutien aux clients ».
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Ces derniers mois, les annonces de suppressions d'emplois chez les grands groupes technologiques, engagés dans une course effrénée à l'IA, se sont multipliées. Mais cette transformation pourrait avoir un coût social important. Les métiers administratifs, le secrétariat, l’assistance de direction ou encore les postes d’accueil figurent parmi les professions les plus vulnérables face à l’automatisation. Selon l’institut américain Brookings, environ six millions d’emplois de ce type seraient menacés aux États-Unis. Or, ces professions sont occupées à 85 % par des femmes.
« C’est important de savoir que l’intelligence artificielle arrive dans un marché du travail qui est inégal à la base. Ce qu’elle va faire, c’est renforcer les inégalités déjà présentes ainsi que le niveau de précarité. L’intelligence artificielle n’arrive pas dans un marché du travail neutre », alerte Aida Ponce del Castillo, chercheuse à l'Institut européen des syndicats. Le risque est également lié au fait que les travailleurs menacés vont avoir du mal à rebondir car ne pouvant, par exemple, pas se payer des formations.
La chercheuse souligne également une autre tendance : « les femmes se posent plus de questions par rapport à l'utilisation éthique de l'intelligence artificielle générative ». « La Harvard Business School a calculé un taux inférieur d'environ 25 % à celui des hommes en moyenne », ajoute la chercheuse.
De son côté, l’Organisation internationale du travail estime que près de 10% des emplois occupés par des femmes dans les pays les plus riches, avec comme risques majeurs une baisse du taux d'emploi féminin et une augmentation des inégalités salariales. Des tendances déjà constatées aux États-Unis entre 2024 et 2025.
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