Débarqué au RC Lens en janvier dernier après une première partie de saison passage compliqué à Leipzig, en Allemagne, le milieu malien Amadou Haidara revient sur son choix de rejoindre les Sang et Or, son adaptation, son regard sur la Ligue 1 et l’héritage des Maliens passés par Bollaert. Lors d'un entretien organisé par la LFP, il évoque aussi la CAN avec les Aigles, les conditions pour franchir enfin un cap avec le Mali, sa trajectoire parfois contrariée mais assumée, et son inquiétude face à la situation dans son pays.

RFI: Amadou, à quel moment l'intérêt du RC Lens est devenu concret pour vous et quand avez-vous décidé de dire oui pour rejoindre le club ?

Amadou Haidara: C'était déjà en début de saison, parce que le club avait vu ma situation à Leipzig et on a commencé à discuter. Après, ça s'est fait en janvier. Je n'ai pas hésité à venir parce qu’il y a pas mal de Maliens qui sont passés ici et en plus, Lens est une équipe un peu comme une famille ; les gens sont proches entre les dirigeants, les supporters et les joueurs. Cela m'a convaincu. J'ai parlé avec mon coéquipier (Mamadou Sangaré) qui m'a un peu parlé du club et je me suis dit : c'est ce que je voulais.

Et quand vous êtes arrivé, vous avez pu vérifier tout cela ? L’adaptation s’est bien passée alors ?

Ça s'est très bien passé. Les joueurs m'ont accueilli et le feeling est bien passé. Je suis bien ici, j’apprends, je découvre, parce que quand je suis arrivé, j'étais un peu blessé à l'épaule et j'ai eu quelques soucis physiques. Aujourd’hui, je m’adapte bien et je ferai tout pour être prêt pour bien attaquer la saison prochaine.

Vous n'avez pas beaucoup joué depuis votre arrivée. Est-ce qu'il y a une certaine frustration ?

Pas vraiment, parce que je savais qu'en arrivant en janvier avec l'équipe qui marchait bien ce serait difficile. En tant que milieu, les deux joueurs titulaires à mon poste [Thomasson et Sangaré, NDLR] font une grosse saison, j'étais conscient de ça. Moi, je suis arrivé en me disant : OK, je vais m'adapter, et profiter de mon temps de jeu pour montrer ce que je sais faire au coach, aux supporters et être prêt à attaquer la saison prochaine en étant en forme.

Avant de signer à Lens, quel regard portiez-vous sur la Ligue 1 ?

Déjà, c'est un championnat costaud, avec beaucoup de bons joueurs. C'est un championnat difficile et je me suis dit que j'allais venir essayer de montrer mon niveau parce que je n'avais jamais joué en France. Je n'étais pas surpris non plus parce que je regardais beaucoup le championnat et je sais que ce n’est pas facile.

Beaucoup de joueurs maliens sont passés en Ligue 1 et notamment à Lens. Est-ce que cela a joué sur votre décision ?

Oui, ça a beaucoup joué. Ça fait partie de l’histoire de Lens, il y a eu beaucoup de Maliens qui sont passés avec bonheur dans ce club. Et encore aujourd’hui avec Sangaré avant moi. Ce lien entre Lens et le Mali m’a aidé, je me suis dit : oui, pourquoi pas moi aussi ? C’est pour ça que j’ai pris cette décision.

Parlons de l'équipe nationale du Mali. Vous avez été à la CAN 2025, éliminés en quart de finale par le Sénégal (0-1). Qu'est-ce qui vous a manqué pour aller plus loin ?

C’est un peu frustrant parce que c’est la deuxième fois de suite qu’on est éliminés en quart de finale de la Coupe d’Afrique. C’est vrai qu’on a joué contre le Sénégal, futur vainqueur de la coupe, mais je pense que le carton rouge [Yves Bissouma avait été exclu à la 45e minute, NDLR] ne nous a pas facilité la tâche. Après, on n’a pas marqué beaucoup de buts (trois en quatre matches dont deux penalties) et c’était un peu difficile. Je trouve qu’on a fait ce qu’on pouvait faire, et maintenant il faut regarder de l’avant, continuer à travailler et se préparer pour les matchs qui vont arriver.

L'avenir, ce sera sans Tom Saintfiet, qui était votre sélectionneur lors de la dernière CAN. Comment avez-vous vécu son départ ? [La Fédération malienne de football a officialisé le départ de son sélectionneur le 29 avril, NDLR].

Je n’ai pas beaucoup de choses à dire là-dessus. Je suis un peu triste pour lui, parce qu’on peut tout dire, il était investi, il travaillait pour que l’équipe se porte bien. Ça fait partie du football : les dirigeants ont pris une décision, je la respecte. Je veux lui souhaiter bonne chance et qu’il puisse trouver une équipe.

Le Mali a toujours eu du talent, qu’est-ce qui manque pour enfin franchir un cap en compétition majeure, aller en demi-finale, en finale ?

C’est la constance, il faut continuer à travailler. Il y a eu un moment où on n’arrivait même pas en quart de finale ; pendant plus de dix ans, on n’y arrivait pas. Aujourd’hui, c’est la deuxième fois qu’on joue un quart de finale de suite. C’est positif, mais les gens nous attendent pour la finale et pour remporter la coupe. La constance fait partie de ce qui manque, et aujourd’hui il faut regarder loin et avoir des structures vraiment solides pour pouvoir franchir la ligne des quarts de finale et gagner le trophée. Pour ça, il faut un coach qui a un projet pour nous aider à aller loin. Le talent ne manque pas.

En parlant de talent, le vôtre a très tôt été mis en avant avec une finale avec le Mali au Mondial des moins de 17 ans (2015), vous avez aussi remporté la Youth League avec Salzbourg (2017), vous avez même été classé dans le top 10 du Trophée Golden Boy (meilleur joueur européen de moins de 21 ans). Est-ce qu’il n’y a pas un petit regret aujourd’hui, par rapport à votre potentiel, de ne pas être plus haut ?

Je n’ai pas de regrets, ma carrière continue toujours. Dans le foot, il y a des hauts, il y a des bas. J’ai gagné beaucoup de choses aussi dans ma carrière, j’ai gagné des titres, j’ai joué beaucoup de matchs en Ligue des champions. Après, on peut toujours dire : "tu pouvais faire ceci ou cela", mais je continue à apprendre et à essayer de progresser. J’ai été parmi les meilleurs jeunes, j’ai fini huitième ou neuvième. Si tu regardes ce groupe, il n’y en a pas beaucoup non plus qui jouent dans les grands championnats. Mais je continue à avancer, à progresser, pour retrouver mon meilleur niveau.

Pour conclure, comment vivez-vous actuellement, à distance, la situation au Mali ?

Il y a de l’inquiétude parce que ce qu’on voit au pays, cela nous fait mal. On a de la famille, on a des frères. En tant que Malien, je suis triste. J’espère qu’on va trouver une solution pour s’en sortir. Nous, les Maliens, on doit être solides, solidaires entre nous, et qu’on aide le pays à avancer, c’est le plus important. Après, je ne connais pas trop la politique, mais en tant que Malien, j’ai envie que le pays soit stable et qu’on puisse tous avancer ensemble. On est des Maliens, que ce soit du Nord ou du Sud, on est tous ensemble. On doit mettre le Mali plus haut, et j’espère qu’on va trouver une solution pour s’en sortir, inchallah.

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