Ils ont des airs de pré-adolescents en colonie de vacances, sauf qu'ils chantent "Mort aux Arabes" et "Que votre village brûle". En marge de la "Journée de Jérusalem" jeudi 14 mai, des jeunes Israéliens déferlent dans les rues de la Vieille ville, où les Palestiniens restent cloîtrés.

La "marche de Jérusalem" réunit chaque année des dizaines de milliers d'Israéliens, principalement des lycéens venus de tout le pays, brandissant des drapeaux israéliens, pour célébrer ce que les autorités présentent comme la "réunification" de la ville après la conquête de Jérusalem-Est à l'issue de la guerre israélo-arabe de 1967.

À voir aussiÀ Gaza, les camps de déplacés infestés par les rats

Une majorité de Palestiniens vit dans cette partie de la ville. L'ONU ne reconnaît pas son annexion, la jugeant "illégale" au regard du droit international.

"C'est une ambiance extraordinaire", commente Isabelle, 59 ans, qui a fait 2 h 30 de route pour voir défiler les drapeaux.

Tous les ans depuis une dizaine d'années, une petite partie de manifestants ultranationalistes - souvent très jeunes - en profitent pour se défouler dans la Vieille ville, multipliant violences, crachats et attaques haineuses et racistes.

Alors dès la fin de matinée, par précaution,la plupart des échoppes y avaient baissé leurs rideaux de fer, et les habitants palestiniens déserté les ruelles pavées.

En bas des escaliers de la porte de Damas menant à la Vieille ville, les groupes de jeunes - surtout des hommes - se succèdent pour sauter en cercle en se tenant par les épaules, reprenant souvent et très fort un chant religieux déformé par l'extrême droite, appelant à "la vengeance" contre les Palestiniens.

Dans la foule, beaucoup d'acné juvénile et d'appareils dentaires, et des t-shirts décorés d'autocollants "Mort aux terroristes", nœud coulant et visage d'Itamar Ben Gvir, le sulfureux ministre de la Sécurité nationale, à l'origine de la loi instaurant la peine capitale pour les Palestiniens reconnus coupables de meurtres d'Israéliens.

Entouré de policiers, le ministre fera une entrée acclamée par les jeunes, comme peu après lui un autre ministre d'extrême droite, Bezalel Smotrich.

À l'intérieur de la Vieille ville, des jeunes tambourinent sur les rideaux fermés des commerçants palestiniens, manches à balai à la main. L'un plante un drapeau israélien sur une échoppe vendant des crêpes, d'autres secouent la porte d'un opticien, avant d'y coller des dizaines d'autocollants "Gaza est à nous pour toujours".

À lire aussi"Flottille pour Gaza" : la justice israélienne valide la détention de deux militants arrêtés

Dans la matinée, certains Palestiniens avaient gardé boutique ouverte, protégés par des militants israéliens du mouvement Standing Together, déployés pour tenter d'empêcher les extrémistes de "terroriser" les habitants.

Sur des vidéos circulant sur les réseaux sociaux, on voit les militants se faire bousculer par des jeunes qui jettent ensuite violemment des chaises en plastique en direction d'un commerçant palestinien. Et poursuivent leur route en chantant "Arabes, fils de putes", pendant que le commerçant furieux balance à son tour une chaise dans leur direction.

Le porte-parole de la police israélienne assure à l'AFP que les incidents sont rares, grâce aux 3 000 agents déployés sur place. Certains policiers se laissent entraîner dans les danses.

On entend scander "Israël pour toujours", "Que leur nom soit effacé", ou encore "Que vos villages brûlent", notamment en direction de journalistes musulmanes et voilées protégées par la barrière du carré presse.

"C'est un jour noir", lâche auprès de l'AFP sur le pas de sa porte Mustafa, un Palestinien qui raconte qu'une vingtaine de jeunes "ont défoncé les portes" et "brisé les vitres" de chez lui en criant "Mort aux Arabes".

En fin de matinée, des dizaines de militants pacifistes israéliens vêtus de blanc avaient distribué dans le coin des fleurs aux passants, comme pour s'excuser par avance. Parmi eux, Ilan Perez, 52 ans, venu du centre du pays par "solidarité" avec les Palestiniens. "En tant que juif, en tant que sioniste (...) je veux qu'ils fassent partie du pays avec des droits égaux".

Pas l'avis des "Jeunes des collines", présents en masse et reconnaissables à leurs pantalons multipoches sales, rangers, kippas en laine. Cette mouvance de colons radicaux est derrière les attaques quasi-quotidiennes de Palestiniens en Cisjordanie. Ils "n'ont aucune place ici", dit l'un d'eux sous couvert d'anonymat. Que représente cette journée pour vous ?, leur demande-t-on. Un autre de ses camarades répond : "Mort aux Arabes".

Avec AFP

Extracted and lightly reformatted for readability. · Source: fr