Phantom Blade Zero Genre : Action-RPG | Licence : Phantom Blade | Éditeur : S-GAME | Disponible : 29 octobre 2026

À l'Est, un nouveau soleil se lève Testé pour PC

Sorti de l'ombre dès 2023 dans une conférence PlayStation Showcase, où il aura ensuite ses entrées garanties chaque année, Phantom Blade Zero est devenu le nouvel espoir chinois depuis que la démonstration Black Myth : Wukong a ouvert la voie en 2024. Si sa direction artistique sombre, sa passion pour le folklore local et ses combats épiques au corps-à-corps le mènent à ressembler à beaucoup d'autres jeux consoles à venir de son pays, il s'en démarque toujours dans les esprits, à la fois parce qu'il reste l'un des premiers à s'être affirmés et parce qu'il a clairement l'air plus cool que les autres. C'est aussi la transcendance d'une saga fort connue en Chine, mais jusqu'ici confidentielle dans nos contrées. Alors, cette belle gueule remplit-elle ses promesses ? Oui, absolument ! Tant que vous n'êtes pas trop exigeant sur la stabilité technique sur PC.

Condition de test : Clé PC fournie par l'éditeur.

Phantom Blade Zero choisit l'introduction in media res, à savoir que notre aventure commence en plein duel fratricide entre Soul, notre protagoniste, et Zuo Shang, Souverain de l'Ombre de l'Ordre (vous ne savez pas ce que c'est ? c'est normal, nous y reviendrons). Nos deux compères finissent par s'entretuer. Mais ce n'est que le début : une mystérieuse figure vient nous accorder un sursis de 66 jours et nous indiquer que notre frère Zuo Shang aussi s'est relevé pour continuer ses abjectes machinations. Où ? Comment ? Qui ? Pourquoi ? Qui êtes-vous ? À quelle heure mange-t-on ? Quel est le sens de la vie ? Voilà ce que l'on doit essayer de comprendre en courant vers la ville de Pangzhen pour arrêter notre rival en distribuant une quantité industrielle de gifles à tous les bandits, marionnettes et démons sur notre chemin.

Démarrons par ce qui fâche : Phantom Blade Zero a des problèmes techniques. Durant les deux dernières semaines, nous avons vécu beaucoup de crashs et rencontré maints problèmes, qui ont l'air plus ou moins corrigés par un patch d'urgence livré vendredi dernier. Idem pour les performances machine, qui apparaissent plus fluides (notamment avec le path tracing activé). Pour vérifier tous les correctifs, il aurait fallu arpenter l'intégralité de Phantom Blade Zero à nouveau et il n'y avait pas le temps ; gageons donc que les correctifs annoncé fonctionnent. Par contre, comme annoncé dans l'encadré d'introduction, nous sommes bloqués avant la véritable fin parce que l'un des boss d'une quête secondaire refuse de déclencher sa cinématique post-défaite, et ainsi, de valider son palier de la quête. Un softlock grave qui est reconnu par S-Game dans les dernières patch notes... sauf que le correctif annoncé ne fonctionne pas chez nous. Serez-vous touchés également ? Impossible à dire, mais la prudence s'impose.

C'est dit, c'est évacué, nous pouvons aborder le positif. Phantom Blade Zero est un pur jeu d'action qui renie le courant souls-like, devenu prédominant, pour affirmer la volonté du « kungfupunk », c'est-à-dire l'envoi de pieds et d'épées dans les chicots à la chinoise avec une grosse louche de steampunk dans la sauce. Maître Soul se contrôle assez simplement : d'une touche, vous envoyez les combos légers, de l'autre les combos lourds, qui consomment du « Sha-Chi » — soit de l'endurance. Vous avez un bouton pour esquiver sans consommer d'endurance et un bouton pour bloquer les attaques, ce qui crame votre Sha-Chi, ou parer au moment juste, ce qui va plutôt déstabiliser l'adversaire et entamer sa jauge d'endurance à lui. Vous l'avez peut-être deviné, le but est de briser la garde de l'adversaire en visant son endurance, ce qui permet de lui massacrer la gueule (termes techniques) et enfin de l'exécuter avec une animation très stylée. Et puis vous avez une compétence active pour chaque arme, aux effets qui dépendent... eh bien, de l'arme, et qui vont souvent ignorer la garde adverse ou proposer un buff très conséquent.

Ça, c'est la base des bases. Mais le studio S-Game s'inspire principalement du wuxia, ce style d'action chinois où les protagonistes accomplissent souvent l'impossible par leur maîtrise des arts martiaux, et toute la promesse du titre est de nous plonger dans cet univers ô combien cinématographique. Ainsi, vous avez deux armes principales et deux armes d'appoint aux munitions limitées. Vous pouvez changer d'arme à la volée, en plein combo, et c'est même conseillé, puisque cela restaure intégralement votre endurance et permet de vous sortir d'un mauvais pas, à la condition de savoir vous adapter. Il en résulte un gameplay vif, dynamique, où les attaques ont beaucoup d'impact sans jamais sacrifier la vitesse des échanges, et introduire quelques rafales d'armes d'appoint dans le mélange permet d'exprimer sa créativité dans l'arène.

Parlons justement de l'évolution du personnage. Intimement liée à l'exploration (j'y reviendrai), elle consiste surtout à amasser de la « poussière », monnaie universelle qui s'obtient en dézinguant des ennemis ou en trouvant des boules lumineuses sous des buissons. À peu près tout ce que vous faites vous récompense un jour ou l'autre en poussière, et vous en aurez besoin, qu'il s'agisse d'acheter des matériaux supplémentaires au magasin ou d'investir dans votre arbre de compétences universel, où vous trouverez surtout des aptitudes de soutien, comme un slot d'accessoire en plus ou une attaque spéciale quand vous changez d'arme. Comme dit, il y a aussi des matériaux à récupérer pour vos armes, accessoires et diverses potions de soin, dont l'obtention et l'artisanat sont limités par votre progression, évidemment.

Vous devrez surtout investir dans vos armes si vous comptez atteindre le générique de fin. Chaque arme principale ou secondaire a 30 niveaux de puissance, et tous les 5 paliers, vous débloquez une nouvelle compétence intrinsèque qui va significativement booster le style de jeu de cette arme spécifique. Prenons la Scarlet Wraithblade, par exemple. Sa capacité passive est de répandre des fleurs sur le sol pour drainer l'endurance des ennemis dans ces zones. À mesure que vous améliorez cette arme, le drain va augmenter, mais vous allez aussi débloquer un combo lourd boosté, un projectile qui vous téléporte sur votre cible, un buff passif d'endurance dans les champs de fleurs, etcetera. Afin de parachever vos armes, vous devrez plus tard trouver des trésors spécifiques pour les « éveiller », en quelque sorte, ce qui nécessite presque toujours de finir une quête secondaire ou de s'adonner aux joies du backtracking.

Cette progression s'articule justement à travers l'exploration des sept zones majeures de l'aventure. Si Phantom Blade Zero est un jeu plutôt linéaire, il vous proposera souvent de fouiller en marge du chemin principal pour trouver des coffres, ou bien de revenir plus tard pour utiliser vos nouveaux outils sur certains obstacles et accéder à du contenu de plus haut niveau. Et le premier qui dit que ça fait de lui un metroidvania, je le fusille. Quoi qu'il en soit, le level design de Phantom Blade Zero est assez généreux pour un jeu d'action, même s'il est parfois pénible de revenir dans une zone dix heures après pour retrouver un secret puisque la carte est volontairement stylisée sans donner les chemins précis. Il s'agit quand même d'un vrai jeu d'aventure — pas d'exploration, mais bien d'aventure, où l'on place sans cesse des surprises sur notre chemin. S-Game s'autorise aussi à proposer des zones plus ouvertes dans le dernier tiers jeu, ce qui introduit une respiration salutaire dans la progression.

Phantom Blade Zero propose d'ailleurs un arsenal de taille, avec 30 armes principales et 20 armes d'appoint aux compétences uniques. Oui, chaque arme se comporte différemment, même s'il y a un gap clair entre les bouts de ferraille grossièrement forgés et les vraies armes légendaires, qui invoquent la tempête ou vont stocker différents sceaux élémentaires pour déchaîner des attaques spéciales. Même constat du côté des armes secondaires ; il est difficile de se passer des faucilles, qui évoquent les chaînes de Kratos (God of War), même si la large sélection d'outils proposés conviendra à tous les goûts. Complétez votre équipement par une série d'accessoires divers et variés (qui vont également d'effets simples, comme l'augmentation des dégâts des armes à deux mains, à la folie complète, comme des effets aléatoires à chaque fois que vous buvez une potion de soin) et vous avez la vue d'ensemble des mécaniques de base.

Enfin, pour accentuer le côté cinématographique des combats, S-Game mise sur un grand classique, les attaques spéciales ennemies : si ça brille rouge, vous devez esquiver, si ça brille bleu, vous devez parer. On se retrouve souvent à marteler la touche de parade comme un dingue pour essayer de repousser certains ennemis qui piquent et virevoltent avec agressivité, mais le secret de Phantom Blade Zero est justement qu'il ne s'agit pas d'un pur jeu d'action « à parade » ; souvent, l'esquive est la meilleure des solutions, et la maîtrise du combat repose sur le fait de savoir quand presser l'attaque, quand rester ferme sur ses appuis, et quand s'évacuer d'une pirouette en arrière. Il y a certainement quelque chose de très chorégraphique dans les échanges de coups et c'est bien normal : c'est du wuxia.

Un bémol quand même, c'est que les grandes mêlées générales virent parfois au bazar à cause des soucis de caméra. Vous pouvez verrouiller votre cible, c'est normal, sauf que le verrouillage peut être assez capricieux quand il s'agit de changer la cible d'un coup de joystick droit. De même, bloqué entre plusieurs adversaires, vous serez parfois amener à réaliser une parade ou esquive parfaite contre une attaque colorée qui vient sur vos flancs ou votre dos, ce qui provoquera une animation hyper stylée avec ralenti... mais vous garde focalisé sur votre adversaire initial, ce qui peut désarçonner. Enfin les rares adversaires géants envoient la caméra complètement dans les choux. Au sens littéral, puisqu'elle rase alors les mottes.

C'est dommage, puisque Phantom Blade Zero propose aussi une véritable sensation de montée en puissance. Apprendre à éplucher la garde des ennemis de base pour bien nettoyer les arènes est un vrai plaisir, et S-Game a pris soin de glisser quelques animations liantes entre les actions, comme, parfois, une animation spéciale quand vous êtes entre deux ennemis pour vous dégager automatiquement. C'est très cinématographique et cela rappelle fatalement Onimusha : Way of the Sword, qui partage la même envie de ravir le joueur avec des petites animations surprise. D'un grand maître des arts martiaux au premier chapitre, vous deviendrez un démon presque invincible, et l'évolution est réussie de ce côté-là. Spectacle et maîtrise avancent main dans la main.

Céder aux sirènes du wuxia, c'est aussi consentir à ne rien biter aux différentes sectes, organisations criminelles, techniques ésotériques, notions religieuses, figures mythologies et autres références historiques qui constellent la trame de Phantom Blade Zero. Jugez un peu : le Wulin est envahi par les Vagabonds masqués, des zombies de porcelaine qui sont repoussés par les soldats du Mandat, organisation militaire gérée par les Trois Piliers de Kunlun, en partenariat (ou pas) avec l'Ordre, tandis que les Onze sont un groupe de chercheurs qui installent des tours industrielles à travers la région pour accéder à la Transcendance par l'augmentation du Sha-Chi intérieur, et ça, c'est sans parler du culte de la Dame et du Héraut du Voile. Au fait, le Wulin, ce n'est pas une région mais une manière de vivre sa vie à travers les arts martiaux et l'héroïsme philosophique. Ça faut le savoir.

Toute cette infernale nomenclature ne serait pas un vrai problème si S-Game avait inclus un vrai glossaire (il y a certes un bestiaire, mais c'est un peu insuffisant) ou raconté l'histoire de manière linéaire. Cepen…

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