Tilaï, ou « La Loi », du réalisateur burkinabè Idrissa Ouédraogo, a inauguré ce 13 mai la manifestation « Cannes classics » dans une copie restaurée : ce film avait participé à la compétition officielle au Festival de Cannes 1990. Il avait alors été récompensé par le Grand Prix du Jury. Bernardo Bertolucci, qui le présidait, à l'époque a vu dans ce film une réincarnation des cinéastes italiens Federico Fellini et Roberto Rossellini réunis. Présentation.

Publié le : 14/05/2026 - 13:29

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Avec notre envoyée spéciale à Cannes, Houda Ibrahim

La projection a eu lieu dans une ambiance festive, en présence des producteurs, des restaurateurs de films et des distributeurs de Tilaï, ainsi qu’en présence de la fille d’Idrissa Ouédraogo.

Ce dernier est une des voix essentielles du cinéma burkinabè. Tilaï, œuvre majeure, s'attaque à la thématique de la famille et des coutumes dans la société rurale. Le réalisateur était profondément ancré dans sa culture mais pour embrasser l'universel et l'humain.

Son film a été tourné avant la naissance de Nora Ouédraogo. Celle-ci a vu Tilaï pour la première fois à l’âge de 12 ans. Aujourd'hui, elle le revoit avec un autre regard : « Il y a quand même un grand féminisme parce qu'y on voit que le désir charnel d'un seul homme peut détruire la vie de deux, trois ou quatre autres personnes. Donc, c'est un regard féministe. » Elle ajoute : « Il y a un regard aussi sur la tradition, qui a peut-être ses mauvais côtés aussi. Et à mon âge, aujourd'hui, à 28 ans, quand je vois ça, je me dis que "waouh !", c'est super intelligent de sa part et je ne voyais pas ça à 12 ans. »

Silvia Voser, à la tête de la maison de production Waca films qui a coproduit Tilaï, aime à raconter une anecdote sur Idrissa Ouédraogo qui l’a poussée à devenir productrice : « Un jour, il est venu avec un scénario. Il me dit : "Silvia, s'il te plaît, cette nuit, tu lis le scénario. Demain matin, il y a Guy Robertson, de la BBC, qui veut signer un contrat de préachat. Et tu dois venir parce que je ne parle pas assez bien anglais." Je lui dis OK. Et Idrissa, après le rendez-vous, il me dit : "D'ailleurs, c'est toi qui vas produire le film." J'ai dit : "Comment ça ? Je n’y connais rien. Je n'ai jamais mis un pied sur un tournage !" Il a rigolé, comme souvent. Il a dit : "Tu verras, je sais que tu vas pouvoir le faire et tu vas le faire." Et finalement, 36 ans plus tard, je suis encore à Cannes avec le film Tilaï en version restaurée et je suis évidemment devenue productrice comme Idrissa l'avait prévu. »

Disparu en 2018, Idrissa Ouédraogo a toujours exploré dans son œuvre les tensions entre tradition et modernité au Burkina Faso.

Le film sortira en salles en France dans sa version restaurée à l'automne prochain.

La bande annonce originale du film «Tilaï»

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