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Dans la sombre mégalopole de Metrolao City, le dictateur M. Bison a un plan maléfique : capturer Ryu, le plus grand des combattants de ce monde, pour aspirer son énergie vitale et devenir invincible... Cependant, depuis l'assassinat de son maître par le démoniaque Akuma, Ryu a choisi de se retirer des arts martiaux, craignant de succomber lui-même à la voie de la violence et coupant les ponts avec son meilleur ami, co-pupille et frère adoptif Ken Masters. Pour l'attirer, M. Bison et ses sbires organisent un tournoi mondial où les meilleurs "Street Fighters" sont conviés. En parallèle, l'agent spécial Chun-Li essaie d'infiltrer l'organisation de M. Bison pour venger son père... Cocktail explosif ou diabolo menthe trop sucré ? Entre action et comédie, Street Fighter parle beaucoup mieux avec les poings qu'avec les vannes, jusqu'à peser sur les efforts de ses acteurs - et la patience du spectateur.

Dès les premières bandes-annonces, Capcom, Paramount et Legendary Pictures paraissaient avoir misé sur le bon cheval : réalisateur de l'hilarante émission The Eric Andre Show, Kitao Sakurai avait l'air de capturer le délire Street Fighter sans jugement ni volonté d'arrondir les angles pour rentrer dans les carcans de l'adaptation en prises de vues réelles à la mords-moi-le-noeud. Il suffisait de voir l'énorme Zangief agripper Ken et lui balancer un Russian Suplex en deux pirouettes pour être confiant. Toutefois, les bandes-annonces avaient caché quelques surprises. Dont l'avalanche de blagues de cul.

C'est simplement omniprésent : durant le second acte, il se passe rarement deux minutes sans qu'un personnage commente sur un coup dans les burnes, sur les cuisses de Chun-Li, sur l'éphèbe Vega, sur la beauté de tel ou tel larron, quand M. Bison ne va pas, tout simplement, renifler les panards de Chun-Li. C'est la triplette zizi - fesses - fétichisme qui prend le script à la gorge et ne laisse alors que peu d'espace aux autres traits d'humour, mieux circonstanciés. Enfin, ça dépend. Street Fighter souffre également d'une marvelisation aigüe de l'écriture. Dès qu'une scène un brin sérieuse se déroule, Dan (ou un autre clown) vient immédiatement rompre la tension d'un trait d'humour mal envoyé. Il y a quelques gags visuels ou références qui arrivent encore à faire mouche, mais c'est trop rare en comparaison.

Une autre façon d'expliquer le problème, c'est que Street Fighter vient constamment risquer la blague de trop pour indiquer qu'une séquence est censée être drôle, ou un peu loufoque. Prenons l'intro de Blanka. Notre guerrier de la jungle est déjà sacrément original. Après une mise en scène très réussie entre force brute et décharges électriques, Kitao Sakurai vient appuyer la bizarreté du personnage en laissant Blanka se gratter sous les aisselles pour dire : "haha je sens la saucisse c'est rigolo". Et il recommence plus tard. Une question : pourquoi ? Ce n'est pas très drôle, ça n'a pas grand-chose à voir avec le personnage, ça n'a aucun sens dans le contexte, bref, c'est de la vanne pour de la vanne, presque du remplissage.

Enfin, impossible de terminer cette longue introduction critique sur l'écriture de Street Fighter sans aborder les personnages, bien sûr, qui sont en réalité plus importants que la narration dans cet univers. Guile, c'est Guile, fier soldat américain qui tient à sa famille et représente l'idéal du G.I. jusqu'à la parodie. Ici, c'est un vrai bouffon qui a la vanne facile et la virilité complexée. Un choix incompréhensible tant son acteur (Cody Rhodes) correspond parfaitement à la personnalité du jeu. Ailleurs, nous avons Chun-Li (Callina Liang) qui s'énerve toutes les deux minutes et lâche des "bitch" ou des gros doigts, Cammy (Mel Jarnson) qui a, en réalité, le comportement de Juri (sa némésis quand même), ou M. Bison (David Dastmalchian) qui passe son temps à renifler les gens et manger des escargots. Certes, l'intrigue de Street Fighter n'a jamais été sa qualité d'appel, mais tout de même. Il n'y a pas grand-chose à respecter pour que ce soit amusant.

C'est d'autant plus dommage que le casting se décarcasse pour incarner les différents personnages. Callina Liang, en particulier, est extrêmement convaincante en Chun-Li quand le script n'essaie pas de l'entraîner six mille lieues sous les mers. De même, Ryu (Andrew Koji) et Ken Masters (Noah Centineo) viennent trouver une certaine justesse dans leur fraternité contrariée. Il y a de vrais éléments de pathos sur la quête intérieure de Ryu, d'une part, et la jalousie de Ken, d'autre part (terrible simplification pour éviter les spoils). Des émotions qu'on ne laisse pas éclore à la réalisation. Sur des plus petits rôles, Balrog (50 Cent) et Vega (Orville Peck) sont globalement crédibles, le peu de temps qu'ils apparaissent, tandis que Zangief (Olivier Richters) sort tout droit de la console.

Même Dan (Andrew Schulz) et le présentateur Don Sauvage (Eric André, impayable) arrivent à tirer quelques sourires en leur qualité de comic relief. Ça n'est pourtant pas facile pour eux ; puisque les vannes sont livrées à la mitraillette, avec toujours la subtilité d'un bulldozer sans pilote, les deux comiques doivent redoubler d'intensité et pousser quasiment à l'échec pour tirer leur épingle du jeu dans le casting. Akuma (Roman Reigns) se démarque avec une triple rasade d'effets spéciaux et une bonne gueule de mec qui s'est trois fois mis la tête dans une bétonnière remplie de clous. Il n'y a que Blanka (Jason Momoa) qui finit par emmener son interprète au tapis malgré un rôle presque taillé sur mesure.

Cependant, les deux plus réussis sont, sans aucun doute, E. Honda (Hirooki Goto) et Dhalsim (Vidyut Jammwal). Ils ont également les meilleures scènes d'action du film. Coïncidence ? Je ne crois pas. Notre sumotori préféré croise le biceps avec Ryu dans un sauna pour se livrer à une réjouissante lutte entre arts martiaux et cartoon, tandis que Dhalsim émerveille dans ses deux scènes d'action avec un remarquable usage de sa flexibilité et de son style dans la chorégraphie. Vidyut Jammwal crève l'écran en très peu de temps et c'est toujours un plaisir de le voir étaler ses compétences, son jeu, sa présence.

Cela dit, les autres scènes d'action ne sont pas mal non plus, évoluant dans un maximum de registres, de la baston de bar au combat sur ring sur-esthétisé à la bagarre-comédie dans une chambre d'hôtel entre Ryu et Ken. Il y a un vrai souci de la chorégraphie dans ces instants. Sakurai injecte juste assez d'effets spéciaux pour bien montrer le caractère surnaturel des guerriers sans (trop) rogner sur les arts martiaux. On appréciera aussi l'usage de la super-force des loustics pour s'envoyer valser sans réserve dans les murs et autres décors, donnant un bon punch à ces séquences de combat.

Dans sa mise en scène, Street Fighter assume à fond de se dérouler en 1992 (sauf erreur de ma part) et l'usage de références d'époque, comme une pleine séquence MTV sur le quotidien de Ken, sont de bonnes idées. Il y a une volonté de proposer un vrai blockbuster d'échelle avec la mégalopole de Metrolao City, parodie à peine masquée de Cyberpunk 2077 avec des combats de rue un peu absurdes pour ponctuer l'avancée de l'intrigue. Cependant, Sakurai se perd complètement dans ses problèmes de temps et d'espace. Un temps Chun-Li est dans l'antichambre de M. Bison et les ténèbres s'étendent à l'horizon, ensuite la voilà sur une falaise herbeuse en bord de mer, et voilà qu'elle revient par magie à la ville ; Ryu est introuvable, mais Chun-Li se téléporte chez lui, puis lui se téléporte dans la chambre d'hôtel de Ken ; il y a sûrement des explications à tout cela, si l'on se creuse les méninges, mais c'est pourtant le travail du réalisateur d'assurer les enchaînements de manière élégante pour éviter que le film ne ressemble à un assemblage clipesque de séquences cools. C'est pourtant ce qui arrive.

Il y aurait encore de nombreuses lignes à écrire sur la tension entre la qualité des acteurs et de l'action face à la pauvreté de l'écriture et de la réalisation, par exemple, l'usage abusif d'inserts de réaction des spectateurs jusque dans le combat final. Mais j'aimerais conclure sur une note positive. Pour représenter les flashbacks, Street Fighter a choisi une magnifique animation 2D. Excellente surprise ! Ainsi, le prologue du film rejoue l'affrontement fatidique entre Ryu et Sagat à la fin du premier Street Fighter avec une superbe plastique animée, et ce n'est pas la dernière (bonne) surprise. Après cela, comment ne pas désirer un long-métrage entier dans ce style ? D'autant que les flashbacks sont tous exempts des clowneries abusives qui tirent le reste du film par le bas...

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