Penguin Colony Genre : Aventure | Éditeur : Fellow Traveller | Disponible : 16 octobre 2026
Les montagnes emplumées Testé pour PC et Nintendo Switch 2
Adapter du H.P. Lovecraft en jeu vidéo n’est jamais chose aisée, comme le prouvent les nombreuses tentatives sur le sujet qui ont toujours oscillé entre correct et mauvais. Quoi de mieux alors que d'explorer une nouvelle approche et tenter d'aborder l’œuvre horrifique sous un angle totalement absurde ? C’est le pari fou de Penguin Colony.
Le principe de Penguin Colony est simple : adapter (très) librement la meilleure œuvre de Lovecraft, à savoir Les Montagnes Hallucinées, en jeu vidéo. Le twist, c’est qu’au lieu de centrer son récit sur les explorateurs, leur descente progressive dans la folie parsemée de découvertes que l’esprit humain ne peut appréhender et ainsi voir leur psyché se briser, on incarne ici… un pingouin (qui est plutôt un manchot en réalité si on veut être pointilleux sur les détails) vivant non loin du lieu de fouilles et qui va découvrir la cité monstrueuse de son côté en même temps que les hommes.
Pour ceux n’ayant jamais lu Les Montagnes Hallucinées, nous résumerons l’intrigue en une phrase : une expédition anglaise découvre en Antarctique une cité monstrueuse et gargantuesque abandonnée depuis des millénaires. Si ce rapide synopsis a son importance, c’est parce que le studio Origame Digital a pris beaucoup de liberté dans son adaptation. Si l’intrigue prend toujours place en Antarctique, les choses ne se déroulent plus en 1930, mais en 1939. Un détail qui a son importance, puisque l’expédition est ici menée par un contingent de nazis, à la recherche de l’être Aryen suprême. Ils seront épaulés par un chercheur anglais nommé Howard Blakely, qui va servir de narrateur à notre volatile. Il est d’ailleurs incarné par Leval Brown, célèbre voix du narrateur de Disco Elysium.
De plus, on suivra en parallèle des indigènes Maori dont la mission ancestrale est d’empêcher le réveil du grand ancien qui sommeille dans la cité. Un choix qui s'explique par le fait que le studio est originaire de Nouvelle-Zélande et profite de l'occasion pour mettre en avant la culture Maori, avec des dialogues prononcés dans la langue native. On retrouve certes une cité maudite et même des Shoggoths, esclaves enfermés dans les lieux, mais Penguin Colony nous offre des enjeux totalement différents de l’histoire originale. Toute la question pour Origame Digital était donc de trouver la bonne façon de raconter son intrigue, sachant que l’on n’incarne qu’un malheureux pingouin, rappelons-le. De ce fait, nous sommes de façon assez logique et implacable qu’un innocent spectateur de la déliquescence progressive de cette expédition. À moins d’approcher de très près les monstres millénaires, ils ne sont jamais une menace pour nous. C’est donc à travers la voix de Blakely que l’on suit le déroulement de l’expédition et ses horribles découvertes, tantôt en progressant naturellement, tantôt en trouvant des éléments lors de notre exploration.
Et il faut reconnaître qu’Origame Digital reproduit à la perfection le style d’écriture de Lovecraft pour donner corps à son récit, parfaitement raconté par Leval Brown, si bien qu’on a l’impression d’écouter un livre audio d’une œuvre inédite du romancier américain. Le studio se permet même quelques petites folies de mise en scène visuelles dans l’acte final, mais il faut malgré tout adhérer à cette narration autrement un peu austère. De plus il y a malgré tout deux points importants à relever. Le premier, c’est que le jeu n’est pas traduit en français et qu’il faudra une certaine aisance en anglais, puisque le jeu nous offre des envolées comme Lovecraft pouvait en faire et demande tout de même un certain niveau. L’autre point important, et je pense que vous l’avez déjà deviné à ce stade, c’est que le jeu s’adresse avant tout aux fans de l’auteur et une personne hermétique à son style n’y trouvera probablement pas son compte.
Niveau gameplay ça donne quoi ? Eh bien on incarne un pingouin, donc on marche, on saute, on glisse sur son ventre pour aller plus vite et on jabote. Qu’est-ce que vous voulez faire de plus ? Vous n’êtes qu’un pingouin. Détail intéressant néanmoins : on incarnera pas le même pingouin du début à la fin de l’aventure. D’une part car on peut mourir et le jeu nous réincarnera dans le volatile le plus proche, et d’autre part car il y une poignée de pingouins différents avec chacun ses caractéristiques. Un bébé manchot Empereur pourra se faufiler dans des petits espaces, mais est incapable de nager, alors qu’un manchot Empereur sera plus robuste. Le Gorfou sauteur sera plus utile lors des puzzle jumps, alors que le manchot Adélie est plus à l’aise dans l’eau. Dans les faits, c'est surtout les gabarits qui vont avoir une importance tant l'impact en jeu est en réalité minime. C'est quand même dommage d'avoir développé tout ce système pour qu'il soit au final un peu sous-exploité.
Là où Penguin Colony surprend, c’est sur la taille de ses environnements. Si une touche permet de nous pointer directement notre objectif, les zones sont suffisamment larges pour inciter à l’exploration. Que ça soit un avion de la Luftwaffe écrasé sur la banquise, une petite caverne plongée dans le noir ou une ancienne salle de rituel dans la cité, on ressent vraiment le côté gigantesque et labyrinthique inhérent à l’oeuvre de Lovecraft lorsque l’on tente difficilement de gravir un mur en ruines. Explorer, c’est aussi trouver des petits éléments qui vont enrichir le récit et nous donner des mots clés dans l’ancien dialecte. Une fois le jeu terminé, on a même droit à une page montrant tout ce qu’on a obtenu et loupé et on se rend vraiment compte des tonnes de choses à trouver.
9 images
Gardons en tête malgré tout que Penguin Colony est un petit jeu. Qu’il se boucle en à peine trois heures n’est pas un sujet en soit, mais les bugs de collision contre le décor sont si nombreux qu’on peut presque les considérer comme une mécanique de jeu à ce niveau là. C’est d’ailleurs ce qu’on a fait sur certains obstacles, où le combo glissade et saut permettait d’atteindre des endroits improbables avec des collisions franchement douteuses. Bref, on ne vient pas sur ce jeu pour une technique irréprochable.
Ça vous a intéressé ? En voilà encore !
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